Dans le bourg de Futaleufu de nombreux foyers
ne souhaitent pas partir. Il y a leur vie ici, comme Pablo Manto, 58 ans, et sa femme, Rosa Malahon, 56 ans, qui précisent : " Partir d’ici ? Mais ici c’est ma vie ! Pour aller
où ? Errer de centre d’hébergements en asile ? Ça ne va pas non ? On restera ici. C’est tout."
Pourtant Futaleufu est à quelques 150 kilomètres de ce village. Et c’est dire combien, la région est sous l’emprise du volcan Chaiten !
Je suis venu ici, selon le système de fonctionnement de la rédaction de Radin Rue, pour remplacer mon collègue, qui était attendu d’urgence au Liban ( il
maîtrise mieux la langue que moi ), Frantz K avait réservé ma petite chambre chez l’habitant, arrivant ici par la route, avec une voiture de location, je me suis vite retrouvé dans une
pellicules noire et blanche. Futaleufu est sous la cendre, et pourtant, alors que l’air devient à chaque minute de moins en moins sein, et que l’eau manque, quelques 260 des 1800 habitants de
la bourgade ont choisi de rester sous la menace permanente du volcan Chaiten… Ici même la nourriture manque…
De la cendre il y en a partout, et ce de l’étalage d’un libraire, qui est partit, jusque dans le fond de vos bottes, auprès du lit… Dehors quelques
scientifiques, collectent dans des pots de verre les cendres déposées à terre, j’ai soif, mais il ne me reste que 3 litres de flotte… J’attendrai encore 20 minutes… Mon appareil photo, est tout
gras, la cendre s’est incrustée dans les fentes de ce Kodak numérique, quant au portable PC il demeure mon lien avec la rédaction, il est dans un sa c poubelles transparent, et je ne le sort
pas, juste assez de fente pour trouver la connexion internet, chose rare ici…
A 10 kilomètres de là il y a la frontière argentine. Nombreux sont les enfants et leurs mères, à être partit de l’autre côté, il est vrai que ceux qui restent
sont souvent des hommes, il y a les bêtes ici, il faut nettoyer le fourrage, enlever la cendre, tenter de filtrer l’eau, il faut sauver le bétail, m’explique Jose Maria Bahastaz qui garde ses
deux chevaux…
La plupart des habitants se sont réfugiés un peu partout à proximité, mais comme Esmeralda, 29 ans, nous l’explique une fois qu’elle est à Puerto Montt, la
ville chilienne située plus au nord, les choses restent complexe : "Le volcan il peut fumer ainsi, et cracher la cendre durant des mois… Et moi, ici, loin de mes parents, je fais
quoi ? J’ai un salon de coiffure près du volcan Chaiten, mais il est évident qu’il est finit, il sera fondu et transformé en roche.. Et moi, ici je fais quoi ?" A Chaiten
effectivement, maintenant il n’y a plus âme qui vive. Je m’y rends, avec la complicité de deux guides locaux. Le village est mort. Ici il n’y a personne, personne ! Le décor est en noir et
blanc, on respire dans des bouteille d’oxygène, les poumons risqueraient de ne pas apprécier le mélange de poussière, de souffre et autres toxines qui règnent ici. On ne s’attarde pas, quelques
clichés, puis ont quitte cet endroit, un des guides me lance : " ici il n’y aura pas de village avant 1000 ans !"
Je rentre chez l’habitant. Regardant une carte locale je trace le cercle, avec au centre le volcan, puis une circonférence de 150 kilomètres, un scientifique
rencontré plus tôt me tend une canette de bière chaude et me glisse à l’oreille : "300 kilomètres, pas 150 …"
Le volcan Chaiten est entré en éruption le 2 mai. Depuis ici, il y a le drame des autochtones, les appétits des visiteurs en manque de sensation fortes, la
curiosité des scientifiques, quelques reporters free lance, qui vendront leur bobine à des chaînes de voyages, d’écologie ou encore de nature, il y a aussi la presse, souvent spécialisé, mais
aussi les agences, et les locaux, ils reviennent actuellement car depuis deux jours il y a eu du brassage ici. Les uns allait au sud, les autres en Argentine. Bref, la vérité c’est que tous
attendent que Chaiten rugisse et que la lave se répande, mais où ? Comment et surtout à quel prix ? Je sais une chose, c’est que ceux qui ont décidé de rester ici, là , maintenant, ce
n’est pas Chaiten qui les délogera, car alors il sera sans doute trop tard.
radinrue.com
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